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Combien coûte la dépendance ? Comment la financer ?

Combien coûte la dépendance ? Comment la financer ?

Temps de lecture estimé : 13 min

Rédaction Web : JUST DEEP CONTENT

Avec l’augmentation de l’espérance de vie, la dépendance devient un sujet aussi important que la retraite. Quels coûts entraîne-t-elle ? Comment la financer ?

 C’est un fait, le vieillissement de la population française s’accélère.

Cette accélération est due en partie à l’allongement de l’espérance de vie, mais surtout à l’avancée en âge des baby-boomers. Cette génération, née entre 1945 et 1975, constitue les retraités d’aujourd’hui et de demain.

En 1975, 13 % de la population avait 65 ans ou plus, contre 20 % en 2019. Cette tendance à la hausse se poursuivra dans les prochaines années, avec une forte augmentation de la part des 75 ans ou plus, au fur et à mesure que les baby-boomers vont atteindre cet âge (source INSEE).

Source : INSEE

 

Le vieillissement de la population française conduira dans les années à venir à une augmentation du nombre de personnes âgées dépendantes.

Ainsi, en supposant une stabilité de la durée de vie moyenne en dépendance, 1 200 000 personnes seront dépendantes en 2040, contre 800 000 actuellement (source INSEE).

L’état de dépendance se matérialise par l’impossibilité de réaliser certains actes de la vie courante (se laver, s’habiller, se nourrir…) ou par l’altération des facultés cognitives (se repérer dans l’espace et dans le temps), liés à l’âge.

Source : CREDOC 2005

 

 

Une situation de dépendance peut être gérée efficacement au niveau juridique avec la mise en place de mesures adaptées lorsque la dépendance survient. Des mesures juridiques peuvent également être prises en amont afin de se préparer à une situation dans laquelle les facultés cognitives seraient altérées.

C’est alors que plusieurs questions se posent :

  • Quel est le coût de la dépendance ?
  • Comment financer ce coût ?
  • Comment préparer la transmission tout en assurant le financement de la dépendance ?

Après avoir analysé le coût de la dépendance, nous verrons quelles solutions existent aujourd’hui pour préparer financièrement cette situation.

Nous étudierons ensuite les solutions qui permettent de préparer la succession, tout en assurant une couverture financière en cas de perte d’autonomie.

SOMMAIRE

  • Quels coûts faut-il prévoir en cas de dépendance ?
  • Dépendance : quelles solutions financières ?
  • Financer la dépendance et préparer la transmission : les solutions juridiques

ls coûts faut-il prévoir en cas de dépendance ?

 

Le coût de la prise en charge d’une personne âgée dépend de son niveau de dépendance. La perte d’autonomie entraîne des dépenses parfois très lourdes à assumer (aménagement du domicile, embauche d’une aide à domicile, hébergement en résidence médicalisée…). Les revenus des retraités et les aides de l’État s’avèrent alors souvent insuffisants pour y faire face.

 Lorsque la personne peut continuer à vivre à son domicile, le tarif de la prestation d’une aide-ménagère ou d’une aide à domicile s’élève à environ 15 € par heure. Lorsque l’état de santé de la personne âgée nécessite la présence d’une tierce personne 24 heures sur 24, le coût horaire est de l’ordre de 22 €, soit 264 € par jour.

 C’est souvent à ce moment-là que la personne âgée intègre un EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes), afin d’y recevoir des soins et une surveillance constante. Défini selon le niveau de dépendance (GIR (Groupe iso-ressources) 1 à 6), le coût médian d’un hébergement en EHPAD est de 2 000 € par mois en établissement public et de 3 000 € par mois en établissement privé, mais l’hébergement et les soins dans des structures spécialisées de certains EHPAD (comme les unités Alzheimer)  peuvent coûter nettement plus cher. Ces prix évoluent également selon le lieu de l’établissement (grande ville, périphérie …). Le tarif moyen à Paris est de l’ordre de 4000 € par mois.

 Selon leur degré de dépendance, les personnes âgées peuvent percevoir différents types d’aides.

Les personnes ayant des besoins en aide humaine limités seront d’abord aidées par leur entourage. Puis, l’intervention d’une aide à domicile devient souvent nécessaire. Enfin, quand le maintien à domicile n’est plus possible, un hébergement en EHPAD est envisagé.

 

Le financement de la dépendance des personnes âgées peut être pris en charge en partie par des aides de l’État, comme :

  • L’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) : il s’agit d’une participation au financement d’une aide à domicile dans le cadre d’un maintien à domicile, ou au financement d’un hébergement en EHPAD, le cas échéant.Toutefois, son montant est limité et ne couvre jamais la totalité des frais engagés.
  • Les aides au logement : l’APL (Aide Personnalisée au Logement), pour les séjours en maison de retraite conventionnée, et l’ALS (l’Allocation de Logement Sociale) pour les autres établissements. Toutefois, ces aides sont destinées uniquement aux personnes à revenus modestes.
  • L’ALD (Affection Longue Durée) : Ce dispositif permet la prise en charge de pathologies qui nécessitent un traitement prolongé et coûteux. Toutefois, il ne s’agit que d’une aide financière pour la prise en charge de traitements médicaux, et pas d’une aide humaine pour les actes de la vie courante.

 

Les aides publiques sont donc limitées et ne permettent pas d’assurer une prise en charge suffisante de la dépendance. Le reste à charge des résidents en EHPAD s’élève en moyenne à 1800 € par mois.

Il existe néanmoins des solutions financières pour se préparer à une éventuelle situation de dépendance.

Dépendance : quelles solutions financières ?

 Nombreux sont les Français qui prennent des dispositions pour préparer leur retraite. Mais il est nécessaire également de prendre des dispositions pour s’assurer une fin de vie sereine, y compris lorsqu’on devient dépendant.

 Pour financer la dépendance, il est possible de recourir à plusieurs outils :

  • un contrat de couverture complémentaire via les mutuelles:

Une bonne couverture santé permet de prendre en charge de façon plus large les soins médicaux, dont le coût augmente avec l’âge, et notamment les dépassements d’honoraires de certains spécialistes.

En contrepartie du versement de cotisations, l’assureur garantit le versement d’une rente viagère, ou parfois d’un capital, à l’assuré en cas de perte d’autonomie médicalement constatée.

Ces contrats peuvent couvrir la dépendance totale et/ou partielle.

Certains contrats prévoient également un capital « équipement » permettant de financer l’aménagement du logement pour favoriser le maintien à domicile.

L’âge minimum de souscription varie selon les contrats, en général de 50 à 75 ans. L’âge maximum dépend également du contrat, généralement entre 70 et 80 ans. Le montant des cotisations est fonction de l’âge du souscripteur. Plus le souscripteur est âgé, plus les cotisations sont élevées. Le paiement des cotisations s’effectue tant que le risque de dépendance n’est pas survenu.

En cas de dépendance, le paiement des cotisations cesse et la rente viagère est versée.

Environ 7 millions de personnes ont souscrits ce type de contrat en France à fin 2017, pour une cotisation moyenne de 39 € par mois et une rente viagère de 598 € par mois, selon la FFA (Fédération Française des Assurances).

 
Les professionnels ont créé le label GAD (Garantie Assurance Dépendance) pour les garanties d’assurance couvrant la dépendance lourde.

Les contrats labellisés GAD Assurance Dépendance doivent respecter un cahier des charges minimum qui prévoit notamment :

  1. un vocabulaire commun
  2. des critères communs d’appréciation de la perte d’autonomie (notamment 3 situations dans lesquelles l’assuré sera nécessairement reconnu en état de dépendance lourde)
  3. une garantie viagère, l’assureur ne pouvant résilier le contrat qu’en cas de non-paiement des cotisations
  4. une rente minimale en cas de dépendance lourde de 500 € par mois
  5. une absence de sélection médicale avant 50 ans (sauf invalidité ou Affection Longue Durée (ALD ) préexistante)
  6. une information annuelle sur le montant des cotisations, des garanties et de leur revalorisation
  7. en cas d’interruption du paiement des cotisations, un maintien partiel de la garantie prévue en cas de dépendance lourde.

 

  • Un contrat de Prévoyance:

Ce contrat protège les souscripteurs contre les risques majeurs de la vie : décès, invalidité, incapacité (arrêt de travail). Certains contrats de Prévoyance proposent également une garantie dépendance. Cette garantie peut être incluse dans les garanties de base, ou en option. Dans ces contrats, la dépendance partielle n’est pas toujours couverte.

  • Les outils d’épargne retraite favorisant la constitution d’une rente viagère permettent également de financer la dépendance. Comme son nom l’indique, la rente viagère constitue un complément de revenu que son titulaire va percevoir jusqu’à son décès.

Parmi ces outils, le PER (Plan d’Epargne Retraite) permet de constituer un capital, via des versements ponctuels ou réguliers. A l’âge de la retraite, le titulaire d’un PER peut choisir de retirer le capital constitué ou de le percevoir sous forme de rente viagère, ou une partie en capital et une partie en rente.

Cette rente constitue également un moyen efficace de financer des dépenses liées à une perte d’autonomie.

D’autre part, pendant la phase d’épargne, le titulaire du PER bénéficie d’une économie d’impôt, les cotisations étant déductibles des revenus imposables.

Au-delà de ces solutions financières, des solutions juridiques existent pour préparer sa succession, tout en s’assurant des revenus pour faire face à une situation de dépendance.

 

Financer la dépendance et préparer la transmission : les solutions juridiques

 

Le coût d’une succession peut être élevé, notamment lorsqu’elle comprend des biens immobiliers.

L’actif successoral est taxé selon le barème de l’article 777 du Code Général des Impôts (après abattement selon le lien de parenté entre le défunt et ses héritiers).

Le taux de taxation peut aller jusqu’à 45 % pour les héritiers en ligne directe (ascendants et descendants), et jusqu’à 60 % pour les personnes n’ayant pas de lien de parenté.

Commencer à transmettre ce patrimoine le plus tôt possible permet de réduire le coût de la transmission, notamment par des donations.

Mais se démunir de son patrimoine, c’est également disposer de moins de ressources en cas de dépendance.

Il existe néanmoins des outils juridiques permettant de transmettre tout en préservant les revenus des biens en cas de dépendance.

 

Préparer la transmission sans se démunir en cas de dépendance

Les solutions pour commencer à transmettre tout en conservant les revenus de son patrimoine passent par des donations spécifiques :

  • La donation en nue-propriété :

Source : Pauline Rosso, Momentum Patrimoine pour l’ESBanque

 

Ce type de donation consiste à ne donner que la nue-propriété d’un bien et d’en conserver l’usufruit, c’est-à-dire les revenus et l’usage.

Cette réserve d’usufruit permet au donateur de continuer à habiter ou à percevoir les loyers d’un bien immobilier par exemple.

Le donateur peut également prévoir une réversion d’usufruit au profit d’une autre personne, en général le conjoint survivant. Ainsi, ce dernier pourra continuer à percevoir, jusqu’à son décès, les revenus du bien dont la nue-propriété a été donnée et donc financer une éventuelle perte d’autonomie.

La donation en nue-propriété présente également des avantages fiscaux. La valeur de la nue-propriété est inférieure à la valeur en pleine propriété puisque l’usufruit est conservé par le donateur. Cette valeur dépend de l’âge de l’usufruitier à la date de la donation (article 669 du Code Général des Impôts).

Au décès de l’usufruitier, l’usufruit s’éteint et le nu-propriétaire devient plein propriétaire du bien, en franchise de droits. Donner la nue-propriété d’un bien permet donc de diminuer le coût de la succession.

Cette solution permet ainsi d’optimiser sa succession, tout en conservant un revenu pour faire face à une situation de dépendance, qui engendrerait des dépenses importantes.

 

  • Les donations à terme, alternatives ou facultatives :

Il est possible de réaliser une donation tout en différant dans le temps la réalisation du transfert de propriété.

Il s’agit de donations à terme : on réalise dès maintenant un acte de donation mais le transfert de propriété du bien en faveur du donataire se réalisera lors de la survenance d’un évènement précis, ce dernier devant être certain.

Par exemple, donner des biens à ses enfants dès maintenant mais prévoir le transfert de propriété de ces biens qu’à l’âge de la retraite du donateur.

L’avantage de ce type de donation est de fixer dès la conclusion de l’acte la fiscalité de la donation (les droits devant être payés par ailleurs dès cette date) et de conserver le bien jusqu’à la survenance de l’évènement.

 Les donations à terme peuvent également prendre la forme :

Le donateur choisit dans ce cas deux biens mais ne transférera la propriété que d’un seul lors de la survenance de l’évènement en se gardant le choix du bien finalement transmis.

Un parent peut ainsi réaliser immédiatement une donation à ses enfants en se laissant le choix entre 2 biens, en conservant ces biens tant que l’évènement prévu à la donation n’est pas survenu et en conservant le choix du bien transmis à terme.

Il pourra ainsi conserver le bien le plus rémunérateur pour s’assurer des revenus afin de financer une éventuelle situation de dépendance.

En cas de décès du donateur avant exercice de l’option, c’est le gratifié qui choisit quel bien il va recevoir.

  • de donation facultative:

La donation facultative permet de substituer un autre bien à celui initialement prévu. Dans ce type de donation, un seul bien est donné.

Le donateur peut ainsi décider de conserver le bien qu’il devait donner, s’il produit des revenus par exemple, et donner un autre bien à la place.

 

Préparer la transmission tout en protégeant le conjoint survivant en cas de dépendance

Il est possible par des aménagements du régime matrimonial de transmettre plus de droits patrimoniaux au conjoint survivant afin de lui assurer davantage de revenus en cas de dépendance.

Précisons que l’ensemble des droits transmis au conjoint survivant sont dans tous les cas exonérés de droits de succession.

Il peut être ainsi envisagée :

Cette donation peut être réalisée quel que soit le régime matrimonial.

Elle permet d’augmenter les droits du conjoint survivant dans la succession du défunt.

En l’absence de donation au dernier vivant, le conjoint a le choix entre ¼ de la succession en pleine propriété ou 100 % de la succession en usufruit, en cas d’enfants communs. Si le défunt avait des enfants issus d’une union précédente, le conjoint survivant se voit attribuer seulement ¼ de la succession en pleine propriété.

La donation au dernier vivant permet d’accroître les droits du conjoint survivant. Au décès de son époux, il pourra en effet opter pour :

  1. 100 % de la succession en usufruit
  2. ou ¼ en pleine propriété et ¾ en usufruit
  3. ou la quotité disponible en pleine propriété, celle-ci dépendant du nombre d’enfant du défunt

 

Source : Pauline Rosso, Momentum Patrimoine pour l’ESBanque 

La donation au dernier vivant permet au conjoint survivant de percevoir une quote-part de la succession plus importante que ses droits légaux, participant ainsi au financement d’une situation de dépendance.

 

  • Un avantage matrimonial en faveur du conjoint survivant en régime de communauté :

Ces avantages matrimoniaux ne peuvent être insérés qu’en régime communautaire, par contrat de mariage. Il peut s’agir :

  1. d’une clause de préciput (article 1515 du code civil):Cette clause ne peut être insérée que sous un régime communautaire, par contrat de mariage. Elle permet au conjoint survivant de prélever un bien de la communauté avant ouverture de la succession. Ce prélèvement ne s’impute pas sur les droits du conjoint survivant dans la succession et augmente donc ses droits .Le conjoint survivant pourra ainsi recueillir un bien en pleine propriété et en disposer comme il le souhaite : l’habiter, le vendre ou le louer et en percevoir les revenus. Il pourra ainsi faire face à une éventuelle situation de dépendance, qui pourrait être coûteuse. Cette clause peut également être stipulée en usufruit. Dans ce cas, seul le droit d’usufruit est transmis au conjoint, ce qui lui permet d’utiliser le bien ou d’en percevoir les revenus. La nue-propriété revient aux enfants, ce qui permet d’alléger fiscalement la transmission en leur faveur au décès du conjoint survivant.
  1. d’une clause de partage inégal (article 1520 du code civil) :Cette clause permet, à la liquidation de la communauté, avant ouverture de la succession, de ne pas partager la communauté en deux parts égales entre le conjoint survivant et la succession. La quote-part prévue dans la clause de partage inégal peut être supérieure à la moitié de la communauté.Cette clause permet donc d’accroître les droits du conjoint survivant qui pourra recevoir des biens frugifères ou des liquidités, afin de disposer de revenus ou d’un capital plus important pour faire face à des dépenses liées à la dépendance.
  1. d’une clause d’attribution intégrale de la communauté (article 1524 du code civil) :Elle peut être insérée dans un contrat de mariage sous le régime de la communauté légale (Communauté réduite aux acquêts) ou sous le régime de la communauté universelle. Cette clause permet, avant ouverture de la succession, d’attribuer l’intégralité des biens communs au conjoint survivant. Dans le cas de la communauté légale, seuls les biens propres du défunt feront partie de la succession et seront à partager avec les héritiers. Dans le cas de la communauté universelle, l’intégralité des biens du couple font partie de la communauté. Le conjoint survivant reçoit donc l’intégralité du patrimoine du couple. Il n’y a pas ouverture de succession. Cela permet au conjoint survivant de disposer librement de l’ensemble du patrimoine du couple et de mieux assumer le coût d’une perte d’autonomie.

 

Attention à l’action en retranchement :

En présence d’enfant non commun, l’action en retranchement (article 1527 du Code civil) peut être exercée par les enfants d’un premier lit du conjoint décédé si une clause d’avantage matrimonial permet au conjoint survivant de percevoir plus de droits qu’il en aurait eu par une donation au dernier vivant.

Les enfants d’un premier lit peuvent néanmoins, avant le décès de leur parent, renoncer à exercer l’action en retranchement (renonciation anticipée à l’action en réduction).

 

  • Créer une société d’acquêt dans un régime de séparation de bien :

L’insertion d’une société d’acquêt dans un régime de séparation de biens permet de créer une masse de biens communs. Au décès de l’un des époux, les biens faisant partie de la société d’acquêt seront partagés entre le conjoint survivant et les héritiers du conjoint décédé.

Ces biens reçus du partage de la société d’acquêt viennent s’ajouter aux droits du conjoint survivant sur les biens propres de l’époux décédé, ce qui accroît ses moyens de financement de la dépendance.

Les clauses de preciput et de partage inégale peuvent également être prévues sur les biens en société d’acquêt.

 

Transmettre tout en protégeant une personne dépendante : les libéralités graduelles ou résiduelles

La question peut également se poser de commencer à transmettre son patrimoine tout en protégeant spécifiquement une personne dépendante.

Les libéralités graduelles ou résiduelles peuvent être alors une solution.

Ces libéralités peuvent prendre la forme d’une donation ou d’un legs (par testament).

Lors d’une libéralité graduelle, un bien est donné ou transmis par décès à un premier gratifié, à charge pour lui de transmettre ce bien à son décès à un second gratifié, désigné dans l’acte de donation.

La libéralité résiduelle suit le même principe mais le premier gratifié ne transmet au second que ce qu’il reste des biens reçus à son décès.

Ces libéralités sont avantageuses fiscalement puisque les droits de donation à la seconde transmission entre le premier et le deuxième gratifié sont calculés selon les liens de parenté et les barèmes fiscaux entre le donateur initial et le gratifié final. Par ailleurs, les droits de donation payés lors de la première transmission au premier gratifié sont déductibles des droits dus lors de la seconde transmission au deuxième gratifié.

 

Exemple :

Paul donne la pleine propriété d’un bien à son fils Clément, handicapé et dans l’incapacité de travailler, à charge pour lui de le transmettre ensuite à sa sœur Julie.

Ainsi, Clément pourra habiter le bien ou en percevoir les loyers pour financer les aides dont il a besoin, liées à son handicap. Au décès de Clément, le bien sera obligatoirement transmis à sa sœur Julie.

Ainsi, Paul avantage immédiatement son fils Clément, qui est dans le besoin, sans pour autant léser sa fille Julie.

Julie n’aura pas à payer les droits de succession entre frère et sœur mais ces droits seront calculés selon le barème en ligne direct (parent-enfant) comme si elle avait reçu ce bien directement de son père. Les droits de donation payés lors de la donation initiale du bien à Clément sont déductibles des droits de donation dus par Julie.

 

Il existe donc différentes solutions pour faire face financièrement à une situation de dépendance.

Toutefois, ces solutions doivent être mises en place en amont et la situation doit donc être anticipée.

Par ailleurs, chacune de ces solutions n’est pas forcément adaptée à toutes les situations familiales. Le rôle du conseiller en gestion de patrimoine est donc central pour définir une stratégie appropriée de financement de la dépendance.

 

Auteur

Pauline ROSSO    

Conseillère en gestion de patrimoine et Protection sociale, Fondateur du Cabinet Momentum Patrimoine et Intervenante-formatrice à l’ESBanque.

Futures retraites : combien et quelles solutions avec le PER ?

Futures retraites : combien et quelles solutions avec le PER ?

Temps de lecture estimé : 8 min
Au moment même où le projet de réforme des retraites fait débat, les français s’inquiètent sur leur avenir de futurs retraités. Les pensions de retraite à venir seront-elles suffisantes ? Comment préparer sa retraite pour en augmenter le montant ?
Le Plan d’épargne retraite (PER) mis en place par la loi PACTE le 1er octobre 2019 est-il une solution ? A qui s’adresse-t-il ? Comment fonctionne-t-il ?

Nombreux sont les français qui s’interrogent sur le montant de leur future pension de retraite et qui s’inquiètent pour leur niveau de vie, ayant conscience que celui-ci va fortement diminuer.

quel système de calcul pour les futures retraites ?

Notre système de retraite, basé sur un principe de répartition entre cotisations des actifs et pensions des retraités, se trouve petit à petit en déficit. Cette érosion est due notamment au fait que le nombre d’actifs pour un retraité diminue et sera quasiment divisé par 3 en 90 ans.

Le déficit à venir du système de retraite par répartition amène le gouvernement à en proposer une réforme dont la réflexion est actuellement en cours.

la réforme des retraites à ce jour 

  • Présentation du projet du système universel de retraites par point le 11 décembre 2019 par le premier ministre.
  • Chaque actif acquerra des points de retraite par le paiement de ses cotisations tout au long de sa vie active. Sa future pension sera calculée en fonction du nombre de points acquis et donc sur la durée entière de sa carrière et non plus sur les 25 meilleures années comme cela est le cas actuellement pour les salariés du privé ou les 6 derniers mois pour les fonctionnaires.
  • Ce nouveau système concernera les générations nées après 1975 (génération à partir de 1980 et 1985 pour les fonctionnaires dont l’âge de départ à la retraite est de 57 ou 52 ans). Pour ces générations, la retraite sera calculée selon le régime actuel jusqu’en 2025 et selon le nouveau système universel ensuite. Pour les générations nées à partir de 2004, seul le nouveau système universel par point sera applicable et à partir de 2022.
  • Le principe d’un âge pivot permettant de percevoir une retraite à taux plein à 64 ans en 2027 avec un système de bonus (si départ à la retraite après cet âge) ou malus (si départ à la retraite avant) a été retiré dans l’attente d’une conférence de financement permettant de trouver d’autres solutions avant fin avril 2020.
  • Le nouveau système sera géré par la Caisse Nationale de Retraite Universelle (CNRU). Le système devra être à l’équilibre par période de 5 ans. La CNRU fixera la valeur du point qui ne pourra pas baisser.
  • Les taux de cotisations deviendront progressivement identiques pour les salariés du privé, des régimes spéciaux ou des fonctionnaires et sera de 28,12 % (financé par les employeurs à 60 % et les employés pour 40%) jusqu’à 120 000 € de revenu brut annuel.
    Pour les professions libérales et indépendants, le taux de cotisation sera de 28,12 % jusqu’à 40 000 € de revenus puis 12,94 % jusqu’à 120 000 €.
    Au delà de 120 000 € de revenus, une cotisation de 2,81 % s’appliquera pour tout actif. Elle financera les retraites de manière solidaire et non des droits personnels.
  • Les personnes en congé maladie, maternité, invalidité ou chômage, continueront à acquérir des points.
  • Chaque enfant donnera droit pour la mère à des points supplémentaires de 5% et dès le premier enfant (actuellement à partir du troisième). Une majoration de 2% s’appliquera à partir du troisième enfant.
  • La pension de reversion du conjoint survivant sera garantie à 70 % des revenus du couple et à partir de 55 ans.
  • Un minimum de pension de 1000 € nets par mois sera garanti pour une carrière complète au SMIC en 2022.
  • Les professions considérées comme des métiers usants pourront bénéficier d’un départ anticipé à la retraite. Le compte pénibilité sera ouvert à de nouvelles professions et assoupli. Ces droits pourront être utilisés pour se former ou exercer un temps partiel.
  • Il sera possible de cumuler emploi et retraite et de continuer à acquérir des points pendant cette période.
  • Présentation du projet de loi en Conseil des ministres le 24 janvier.
  • Débat parlementaire à partir du 17 février.

Il est possible de faire une estimation assez précise du montant de sa future retraite grâce au simulateur mis en place par le groupement d’intérêt public (GIP) Union Retraite et accessible sur le portail Info Retraite.
Il suffit de cliquer sur « J’accède à mon compte retraite », puis se connecter via FranceConnect, et cliquer sur « simuler ma retraite ».

Prenons un exemple :
Paul va donc perdre 43 % de ses revenus lorsqu’il prendra sa retraite. Dans les conditions actuelles du projet de réforme des retraites, Paul perdrait 45 % de ses revenus.

Il est donc nécessaire de se créer soi-même un complément de revenus pour la retraite.

comment le per peut-il être une solution ?

Le 1er octobre 2019, un nouveau placement pour la retraite, issu de la loi PACTE, a vu le jour : le PER (Plan d’Epargne Retraite).

La volonté du gouvernement est d’orienter massivement l’épargne des français sur des placements de long terme, comme l’horizon de placement d’un produit retraite, afin d’accompagner le financement des entreprises.

le per : pour qui ?

Le PER est ouvert à toute personne qui n’est pas encore à la retraite, quel que soit son statut : salariés, travailleurs indépendants, exploitants agricoles, fonctionnaires, inactifs.

le per : c’est quoi ?

Le PER est un contrat d’assurance privé.

Il est issu de la réforme de l’épargne retraite, initiée par la loi PACTE.
Il remplace les différents contrats d’épargne retraite existants, individuels et collectifs : PERP, Madelin, PREFON, PERCO, Article 83… Ces contrats ne seront plus commercialisés à partir du 1er octobre 2020.

Sur un seul contrat, le PER, il sera possible d’épargner sur différents compartiments, individuels (via des versements volontaires) ou collectifs (via l’entreprise).

le per : fonctionnement

Le PER permet, en contrepartie de cotisations régulières, de se constituer un complément de revenus pour la retraite, versé soit sous forme de rente viagère (versée jusqu’à la fin de la vie du souscripteur), soit en capital.
C’est un contrat flexible. Il est possible de suspendre, reprendre ou arrêter les versements à tout moment. Cela influera sur le montant du capital constitué et sur le montant de la rente servie à la liquidation du contrat.

le per : les avantages patrimoniaux

Une grande liberté dans l’utilisation de l’épargne

Contrairement aux anciens contrats retraite (PERP, Madelin, PERCO…), au moment du départ en retraite, il est possible de choisir si l’on souhaite percevoir une rente ou un capital, ou les deux. Il est possible de percevoir le capital en une ou plusieurs fois.

Les cas de déblocage anticipé ont également évolué. Il est toujours possible de débloquer la totalité du capital avant le départ en retraite dans les cas suivants :

  • Décès du conjoint ou partenaire de PACS.
  • Invalidité du souscripteur du contrat, ou de ses enfants ou de son conjoint ou partenaire de PACS.
  • Surendettement.
  • Fin des droits au chômage.
  • Liquidation judiciaire.

Désormais, il est également possible de débloquer la totalité du capital à tout moment en cas d’acquisition de la résidence principale.

Une portabilité intégrale tout au long de la vie 

L’épagne constituée est intégralement transférable d’un PER à un autre.Ainsi, en cas de changements d’employeur, le capital constitué sur différents PER ouverts par plusieurs entreprises peut être transféré sur un seul PER.

Les frais de transfert sont limités à 1% de l’encours. Les transferts seront gratuits si les PER transférés ont plus de 5 ans.

Une épargne mieux investie à long terme 

L’épargne retraite est un placement à horizon long terme. Il est alors possible d’investir sur des placements à risques, susceptibles de générer un rendement plus élevé qu’un placement à capital garanti.
Le PER permet d’investir sur des fonds à gestion pilotée, ou fonds à horizon. L’allocation de ces fonds s’ajuste automatiquement au fur et à mesure que l’on s’approche du départ à la retraite.
Ainsi, l’épargne constituée sur le PER se sécurise progressivement :

  • Au début de la phase d’épargne, lorsque la retraite est lointaine, l’épargne est orientée vers des actifs à meilleure espérance de rendement à long terme, comme les actions.
  • A l’approche de l’âge de la retraite, l’épargne est progressivement orientée vers des actifs sans risque.
La désignation d’un bénéficiaire en cas de décès
  • En cas de décès du souscripteur d’un PER avant le départ en retraite, le capital constitué sur le PER n’est pas perdu.

Il sera transmis à un ou des bénéficiaires désignés par le souscripteur (enfants, conjoint, ou autre….).

  • En cas de décès du souscripteur après le départ en retraite, et donc pendant le service de la rente, celle-ci peut être reversée en partie ou totalement au conjoint survivant et/ou aux autres héritiers, de façon viagère ou sur une durée déterminée, selon ce que prévoit le contrat.

le per : les avantages fiscaux

Un transfert de l’assurance-vie vers le PER avantagé 

Jusqu’au 31 décembre 2022, les épargnants qui choisissent de transférer de l’épargne constituée sur un contrat d’assurance-vie de plus de 8 ans sur un PER bénéficient d’un doublement de l’abattement fiscal sur l’imposition des plus-values issues de l’assurance-vie.
Pour une personne seule (célibataire, divorcée, veuve), l’abattement passe de 4 600 € à 9 200 €.

Pour un couple soumis à imposition commune (marié ou pacsé), l’abattement passe de 9 200 € à 18 400 €.

Une déductibilité fiscale des primes versées sur le PER

Le PER permet de se constituer une épargne dédiée à la préparation à la retraite, tout en réalisant des économies d’impôt : les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable de l’épargnant, dans la limite d’un plafond en fonction du montant des revenus d’activité professionnelle de l’année précédente.

Plafond de déduction fiscale des versements individuels sur le PER
Salariés : 10 % des revenus professionnels de N-1 pris en compte dans la limite de 8 PASS (Plafond annuel de la Sécurité sociale) ou déduction plancher de 10 % du PASS
Indépendants : 10 % du bénéfice imposable plafonné à 8 PASS et majoré de 15 % pour la part de bénéfice compris entre 1 et 8 PASS ou déduction plancher de 10 % du PASS
(PASS 2020 : 41 136 €)

L’économie d’impôt dépend de la tranche marginale d’imposition du souscripteur.
Par exemple :

Un contribuable à la tranche marginale d’imposition de 30 % verse 3 000 € sur un PERP. Il bénéficie d’une économie d’impôt sur le revenu de 900 €.

Une fiscalité spécifique au départ à la retraite 

La fiscalité applicable lors de la liquidation du Plan Epargne Retraite (PER), au moment du départ à la retraite, dépend du mode de versement des primes.

Quelque soit l’issue des réformes sur les systèmes actuels de retraite, il paraît indispensable de préparer sa retraite via des supports d’épargne. Le Plan Epargne Retraite (PER) est un outil mis en place spécifiquement pour cela. Il permet de se constituer une rente ou un capital pour améliorer son train de vie à la retraite tout en bénéficiant d’une fiscalité avantageuse pendant la phase d’épargne.
Les contrats PER nouvellement proposés par les assureurs sont très différents et une analyse pointue des conditions du contrat s’impose avant toute souscription.
Pour cela, il est recommandé de faire appel à un conseiller en gestion de patrimoine, qui dispose de toutes les compétences nécessaires à cette analyse et qui saura sélectionner le contrat le plus en adéquation avec les besoins de son client.

Auteur
Pauline Rosso 

Formatrice intervenante au CFPB-Ecole supérieure de la banque – Ingénieur Patrimonial au Cabinet Conseil A.YASSONOWSKI

Pourquoi faut-il bien rédiger la clause bénéficiaire d’un contrat d’assurance-vie ?

Pourquoi faut-il bien rédiger la clause bénéficiaire d’un contrat d’assurance-vie ?

Temps de lecture estimé : 6 min

La souscription d’un contrat d’assurance-vie répond à de nombreux objectifs patrimoniaux, comme la constitution d’un capital ou d’un complément de retraite.

Un de ces objectifs peut être également la transmission d’un patrimoine et la protection d’un proche, notamment le conjoint survivant.

La rédaction de la clause bénéficiaire est pour cela primordiale. Pour qu’elle produise pleinement les effets attendus, elle doit être rédigée avec minutie dans le respect du droit français et ceci d’autant plus que les clauses bénéficiaires se complexifient, telles les clauses bénéficiaires démembrées et demandent alors une très grande attention de rédaction.

Une mauvaise rédaction de la clause bénéficiaire, incomplète, imprécise ou contraire au droit civil, peut entraîner de nombreux risques, dont nous détaillons certains ci-après.

les capitaux-décès pourraient ne pas être distribués par l’assureur comme l’aurait souhaité le souscripteur

Par principe, lorsque le contrat est dénoué, l’assuré, qui est également le plus souvent le souscripteur du contrat et rédacteur de la clause bénéficiaire, est décédé. L’assureur doit donc verser les capitaux-décès aux bénéficiaires désignés par le souscripteur. Si la clause bénéficiaire est imprécise, l’assureur pourrait, par une mauvaise compréhension de la clause bénéficiaire, ne pas respecter la volonté du souscripteur quand à la répartition des capitaux-décès entre les bénéficiaires désignés. Le souscripteur étant décédé, l’assureur n’a aucun moyen d’obtenir des précisions concernant la volonté du souscripteur.

l’assureur pourrait ne pas réussir à identifier le bénéficiaire

Prenons le cas d’une clause bénéficiaire nominative, lorsque le souscripteur désigne un bénéficiaire par son nom et non par sa qualité (conjoint, enfant…). Le bénéficiaire doit être identifiable par l‘assureur, surtout lorsqu’il n’a aucun lien de parenté avec le souscripteur. Il est donc important de désigner le bénéficiaire le plus précisément possible, en indiquant ses nom, prénom, date et lieu de naissance et toute autre information utile à son identification par l’assureur.

En effet, bien que la loi du 17 décembre 2007 oblige les assureurs à rechercher activement les bénéficiaires d’un contrat en cas de décès, si l’assureur ne parvient pas à identifier ou à retrouver le bénéficiaire, les capitaux-décès seront transférés à la Caisse des Dépôts et Consignations, à l’issue d’un délai de 10 ans à compter de la date de connaissance du décès par l’assureur. Les sommes non réglées seront définitivement acquises à l’État si elles n’ont pas été réclamées depuis au moins 30 ans à compter de la date du décès de l’assuré.

En savoir plus :

la clause bénéficiaire pourrait ne pas avoir l’effet fiscal souhaité

Un autre exemple, si la clause bénéficiaire n’est pas conforme au droit civil ou fiscal, l’assureur ne pourra pas la respecter. Le Ministère de l’Economie et des Finances vient de préciser ainsi qu’il n’est pas possible de désigner des bénéficiaires différents selon la date de versement des primes, pour faire bénéficier certains bénéficiaires d’une fiscalité plus avantageuse (Réponse du Ministère de l’économie et des finances publiée dans le JO Sénat du 08/08/2019 – page 4215).

En savoir plus :

le risque des primes manifestement exagérées

La fiscalité décès très avantageuse de l’assurance-vie et le fait que l’assurance-vie soit traitée hors succession peuvent inciter un souscripteur à placer tout son patrimoine ou une majeure partie de son patrimoine sur un contrat d’assurance-vie.

Par exemple, un souscripteur père d’un fils et d’une fille, avec laquelle il est en froid, peut être tenté de placer tout son patrimoine sur un contrat d’assurance-vie et de désigner comme seul bénéficiaire son fils, avec qui il a de bonnes relations, dans le but de déshériter complètement sa fille.

Sa fille pourra alors invoquer l’article L 132-13 du Code des Assurances. Si le caractère manifestement exagéré des primes eu égard aux facultés du souscripteur était retenu par le juge, les primes versées par le souscripteur sur le contrat seraient intégrées à sa succession et réparties entre les héritiers selon les règles de la dévolution légale. Sa fille pourra donc prétendre à une partie des sommes versées sur le contrat.

La clause bénéficiaire rédigée par le souscripteur ne pourra donc pas s’appliquer.

les risques liés aux clauses complexes

Parmi les clauses bénéficiaires complexes, nous pouvons citer :

  • les clauses à option : elles permettent au bénéficiaire de choisir entre plusieurs modes d’attribution des capitaux-décès. Par exemple, le souscripteur pourra désigner son conjoint comme bénéficiaire et lui laisser le choix entre la totalité des capitaux-décès ou seulement une fraction en fonction de ses besoins, la fraction complémentaire étant attribuée à d’autres bénéficiaires.

 

  • la clause bénéficiaire démembrée : elle permet d’attribuer l’usufruit des capitaux-décès à un bénéficiaire, souvent le conjoint survivant, et la nue-propriété à d’autres bénéficiaires, souvent les enfants. Dans ce cas, il est nécessaire d’indiquer avec précision les modalités d’exercice de l’usufruit, notamment dans le cas d’une famille recomposée où les enfants du défunt ne sont pas ceux du conjoint survivant.

Focus sur la clause bénéficiaire démembrée

 Le démembrement prévu dans la clause bénéficiaire peut être exercé :

  • soit sous forme de quasi-usufruit au profit de l’usufruitier, ce dernier percevant les capitaux décès du contrat et pouvant en disposer comme il l’entend. Le ou les nus-propriétaires disposeront d’une créance de restitution de la valeur de leur droit qu’ils ne pourront faire valoir qu’au décès de l’usufruitier et qui s’imputera sur les actifs successoraux. Il est conseillé de prévoir l’enregistrement de cette créance de restitution lors de la création du démembrement de propriété, c’est à dire au dénouement du contrat d’assurance-vie, pour lui donner date et valeur certaines et également pour prévoir sa valeur à terme, valeur nominale ou valeur indexée.
  •  soit sous forme d’emploi en démembrement de propriété sur un nouvel actif immobilier ou financier (contrat de capitalisation par exemple).

La rédaction de la clause bénéficiaire devra prévoir précisément l’une ou l’autre forme d’exercice du démembrement mais devra aussi préciser l’application de certaines dispositions civiles.

La clause bénéficiaire devra ainsi préciser la dispense ou pas d’obligation d’inventaire pour l’usufruitier (article 600 du code civil), d’obligation de fournir caution (article 601 du code civil) et autres obligations comme l’emploi des sommes (article 602 du code civil et article 1094-3 du code civil).

Enfin, il est nécessaire d’être vigilant aux situations internationales de clause bénéficiaire démembrées dont le traitement juridique et fiscal peut être différente qu’en France.

 

Ces clauses, complexes par définition, doivent être rédigées avec une extrême précision, au risque de créer des discordances dans la famille du défunt.

En savoir plus : la fiscalité de la clause bénéficiaire démembrée

les risques liés au prédécès d’un bénéficiaire

L’article L132-11 du Code des Assurances prévoit qu’en l’absence de bénéficiaire, les capitaux-décès font partie de la succession de l’assuré. Ils sont attribués aux héritiers selon les règles de la dévolution légale et sont soumis à la fiscalité successorale, souvent moins avantageuse que la fiscalité décès de l’assurance-vie.
Il faut donc au minimum désigner des bénéficiaires, ce qui est le plus souvent le cas.

La question se pose davantage en cas de décès d’un des bénéficiaires avant le terme du contrat. Que devient la part qui lui était allouée ? Sa part doit-elle être partagée entre les autres bénéficiaires ? Dans quelles proportions ? Doit-elle être attribuée à d’autres bénéficiaires ?

Dans le cas d’une clause désignant plusieurs bénéficiaires de même rang, il est important de prévoir précisément la répartition des capitaux-décès en cas de décès de l’un d’eux avant le dénouement du contrat.
Seule une rédaction minutieuse de la clause bénéficiaire permettra d’anticiper ces questions.

En savoir plus : L’assurance-vie est-elle toujours « hors succession » ?

les risques liés aux évènements de la vie

La clause bénéficiaire ne doit pas être figée dans le temps. Elle doit évoluer en fonction des évènements qui peuvent survenir dans la vie du souscripteur (divorce, décès d’un bénéficiaire…).

En effet, dans le cas d’une désignation par qualité (par exemple, le conjoint), c’est la personne qui a cette qualité au moment du dénouement du contrat qui reçoit les capitaux-décès.

Si le souscripteur/assuré est en instance de divorce au moment de son décès, c’est son conjoint qui reçoit les capitaux-décès car il a toujours la qualité de conjoint tant que le divorce n’est pas prononcé. Cela peut être contraire à la volonté du souscripteur.

La clause bénéficiaire doit donc être actualisée en fonction des différents évènements qui peuvent avoir lieu dans la vie du souscripteur.

Une rédaction précise de la clause bénéficiaire est donc primordiale pour qu’elle produise les effets souhaités.

Cette tâche est complexe et doit être confiée à un spécialiste du droit patrimonial.

Auteur

Pauline ROSSO  

Formatrice intervenante au CFPB-Ecole supérieure de la banque – Ingénieur Patrimonial au Cabinet Conseil A. YASSONOWSKI.